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Evolution de la trame urbaine entre 1633 et 1673: Une hypothèse.
Reconstituons l'évolution de la trame urbaine de la réserve d'Ailleboust. Le plan précis de Jean_Bourdon (1660) superposé au plan actuel provient du livre de Carl Lavoie (1).
1633-1640
Le 29 mars 1632, le Traité de Saint-Germain-en-Laye restitue à la France le Canada et l'Acadie. En 1633, la Compagnie des Cent-Associés reprend possession de la Nouvelle-France. Champlain érige alors sur les terres de la Compagnie, la chapelle Notre-Dame-de-Recouvrance pour respecter le voeu qu'il avait fait si le Canada revenait à la France. En 1635, les Jésuites occupent une résidence servant de presbytère à l'église paroissiale. Lorsque Champlain meurt en décembre 1635, celui-ci est placé dans la crypte de la chapelle Notre-Dame-de-Recouvrance. (2) En printemps 1636, on érige un "sépulchre particulier" tout près.
Source: Album souvenir : le Congrès de la langue française au Canada et le IIIe Centenaire de Québec, 1608-1908, p. 16
En 1639, la compagnie de cent-Associés avait fait bâtir une maison sur les terres du cap. Selon Niellon (1990), Il n'y a pas de preuve historique que la maison des cent-Associés se trouve au même endroit qu'occupera plus tard, le Palais de la Sénéchaussée, construit en 1651. Toujours selon Niellon, la maison des cent-Associés "... devait former plus ou moins un tout avec la chapelle paroissiale et la résidence des Jésuites, sur les terres du domaine seigneurial, face au fort_St-Louis". (3) Les Hospitalières y passent l'hiver 1639-40 car le monastère est toujours en construction.
Le 14 juin 1640, trois bâtiments en bois de sapin sont incendiés. Le feu s'est sans doute propagé suite à des vents prédominants nord-est (voir ligne bleu). Les bâtisses se trouveraient peut-être dans le même axe et sans doute qu'elles étaient séparées par un faible espace. George Larouche (1988) mentionne que les constructions étaient adjacentes mais non contiguës. Ainsi la chapelle_Champlain serait peut être située près de la résidence des Jésuites. Niellon (1990) mentionne qu'après cet incendie, la maison des Cent-Associés, épargnée par le feu, servira d'église paroissiale jusqu'en 1650. Quant aux Jésuites, ils y résident entre 1640 et 1650 (4).

En février 1649, le Gouverneur d'Ailleboust se réserve un terrain entre le fort_Saint-Louis et l'église paroissiale.

En 1660, sur le plan de Jean_Bourdon, on retrouve la cabane-école de Martin Boutet et la maison de Jean Jobin occupée entre 1658 et 1663. Mathieu Huboust (5), marguillier, reçoit sa concession en 1661 et la chapelle_Champlain existe toujours et constitue la borne est de son terrain. Les héritiers de Madame d'Ailleboust et la Fabrique_Notre_Dame_de_ Québec se disputeront le reste de la réserve d'Ailleboust.
En 1663, on retrouve de gauche à droite, le Palais situé aujourd'hui sur le site de l'église anglicane, sur la rue Sainte-Anne, la maison de Jean Jobin sur la rue Sainte-Anne, et l'école de Martin Boutet (encerclé), et un peu derrière, une nouvelle construction. Cette dernière serait peut être la maison identifiée par erreur à Tousainct Dubeau, par Silvio Dumas (1958).
Le tremblement de terre de 1663.
D'autre part, le 5 février 1663, un séisme important pourrait avoir détruit complètement les ruines de la chapelle_Champlain. En 1667, lorsque Talon achète le terrain de Mathieu Huboust, on ne fait plus mention de la chapelle_Champlain. Ecouter le récit de Jacques Lacoursière à Radio-Canada à Québec.
Nord ---->
Source: Plan de Jean_Bourdon (1663) Dumas, Silvio. La Chapelle_Champlain et Notre_Dame_de_Recouvrance, Québec 1958, Société Historique de Québec, Cahiers d'histoire No. 10.planche 3
Mgr de Laval et l'abandon de la chapelle_Champlain.
Son rôle est très important en tant qu'homme politique. C'est Mgr de Laval qui suggère au roi la nomination d'Augustin de Saffray de Mezy pour remplacer le gouverneur Davaugour. (5.5) Lorsque la Nouvelle-France revient sous le contrôle du domaine royal, le 15 septembre 1663, Mgr de Laval se voit confier la responsabilité, conjointement avec le gouverneur, de nommer les conseillers et de concéder les seigneuries. Mgr de Laval combat énergiquement la vente d'alcool aux nations autochtones, allant même jusqu'à menacer d'excommunication quiconque leur en fournirait. La carrière de Mgr de Laval est marquée de violentes querelles avec les autorités civiles, querelles qui doivent être arbitrées par la cour. Selon Louis-Marie Coté, (voir site internet) cette attitude fait en sorte que Mgr de Laval aurait délibérément délaissé l'entretien physique des ruines de la chapelle_Champlain. Il n'était pas dans son intérêt de sauvegarder la mémoire de Champlain.
En 1670, la_rue_du_Fort dérive progressivement vers l'est depuis la disparition du fort des Hurons en 1668. Jean_Talon, qui occupe désormais le terrain d'Huboust, possède trois bâtiments (forge, étable et une résidence) présents sur le plan anonyme de 1670. La cabane occupée par Martin Boutet semble disparue.

Anonyme, La ville haute et basse de Quebek, en la Nouvelle France, 1670 (détail), Aix en Provence.
Dépôt des fortifications des Colonies, Amérique septentrionale.
Source: Charbonneau, André, Yvon Desloges, Marc Lafrance, Québec, ville fortifiée du XVIIe au XIXe siècle, Québec, Editions du Pélican, Ottawa: Parcs Canada, Approvisionnement et Services Canada, 1982, p. 29
En 1673, c'est le grand réaménagement de la censive Notre_Dame_de_Québec. Le gouverneur Frontenac modifie le plan urbain; plusieurs terrains sont concédés à l'est de la rue du Fort ré-enligné.

Les bornes du terrain (en noir) de Jean_Talon acheté le 17 février 1667 de Mathieu Huboust sont sans doute déplacées progressivement vers l'est.

Terrain de Mathieu Huboust entre 1661 et 1667
Terrain de Jean_Talon entre 1667 et 1672.
Dans la description du terrain de Talon, la chapelle_Champlain n'est plus mentionnée comme borne comme on retrouve dans l'acte de vente de Mathieu Huboust. Cela se comprend étant donné le déplacement vers l'est du terrain.
Cette situation dégage simultanément un corridor qui sera accordé à Toussainct Dubeau. Dans ce corridor énigmatique, Silvio Dumas identifie par erreur, la maison de Toussainct Dubeau (trait rouge sur le plan). En 1673, Toussainct Dubeau reçoit le dernier lot de la réserve d'Ailleboust. Bien que la moitié de la réserve fût cédée à la Fabrique de Québec le 20 mai 1656 par le gouverneur Lauzon, l'Hôtel-Dieu baille à Dubeau un lot qu'il dit lui appartenir, selon les volontés de la Madame d'Ailleboust. Le différend fut réglé à l'amiable par une vente conjointe. (6)
Ce déplacement des bornes du terrain de Jean_Talon expliquerait les contestations touchant le corridor accordé à Dubeau, contestations réglées finalement par une ordonnance de l'Intendant Duchesneau le 21 juin 1677. Michel Gaumond (7) affirme que ces contestations sont causées par l'élargissement de la rue du Trésor. De 11 pieds, la rue fut élargie de 6 pieds. Cette situation amène les concessionnaires à se déplacer de 6 pieds vers l'est. Suite à ces problèmes de contestations des terrains, en 1674, le Conseil Souverain ordonne aux arpenteurs de soumettre leurs instruments à Martin Boutet "professeur es-mathématiques" (8).
Finalement, Jean de Mosny, "lieutenant du premier barbier et chirurgien du Roy" , Jacques de Chambly, officier du régiment de Carignan, Timothée Roussel (légende du chien d'or) chirurgien, et Louis Chapelain, s'établissent dans le_fort_des_Hurons.
Notes:
(1) Lavoie, Carl, Recherche multidisciplinaire sur la localisation du site de la chapelle_Champlain à Québec, 1999. avec la participation de Paul Grimard, Georges Larouche et Maurice K. Séguin. Publié pour le mouvement Francité, 45 p., figure 11
(2) Gauthier-Larouche, Georges, Nouvelle précisions relatives au site de la chapelle Champlain, Québec, 1988, p.1
(3) Niellon, Françoise, Pierre Nadon, Denis Faubert, La recherche sur la sépulture de Samuel de Champlain: un examen critique, Québec, Division du Vieux-Québec et du patrimoine, 1990, p. 7
(4) ibid. p. 8
(5)
Au
recensement de 1667, Mathieu Huboust habite Québec et possède quatre bêtes à
cornes et dix arpents de terre en valeur. Il vend le 30 novembre 1666, son
habitation de Notre-Dame-des-anges au prix de 400 livres à Claude Charron. Il se
départit également, le 17 février 1667 de deux logis l‘un servant à une forge et
une étable, et l’autre consistant en deux étages de bois de charpente sur son
emplacement de la Haute-ville de Québec. Il en obtient 100 livres de
Jean_Talon.
(5.5) Lacoursière, Jacques, Histoire populaire du Québec: Des origines à 1971, Sillery, Septentrion, 1995, p. 120
(6) Myrand, Ernest, "La Chapelle_Champlain", Bulletin des recherches historiques, vol. 4. No. 11, Novembre 1898 p. 303
(7) Gaumond, Michel, Jacques Langlois, "Le tombeau de Champlain: Une nouvelle hypothèse de localisation ", Activités archéologiques 1977-1978, Québec, Dossier no. 49, Ministère des Affaires culturelles, 1980. p. 480-517
(8) Lachapelle, E. "Martin Boutet (1616-1686), Ingénieur, savant et artiste", Mémoires de la Société généalogique Canadienne-Francaise, Vol. 15, no. 3 (été 1964), p. 172
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