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Source:  Conseil de Presse du Québec, site internet:   http://www.conseildepresse.qc.ca/decisions/D1988-07-027.htm

No

D1988-07-027

Notes

AT09 Manque de rigueur professionnelle

Dépôt_Plainte

19880728

Date_Décision

19890509

Plaignant

L'Association des archéologues du Québec [AAQ]

Repr_Plaignant

M. Michel Plourde (secrétaire, Association des archéologues du Québec [AAQ]) et Mme Céline Cloutier (vice-présidente à l'éthique et aux standards, Association des archéologues du Québec [AAQ])

Type_Plaignant

TP1320 Association professionnelle et corporative

Origine_Plaignant

OP03 Québec

Intérêt_Plaignant

IP2 Groupe d'intérêt

Mis_en_Cause

Le Soleil [Québec], M. Louis-Guy Lemieux (journaliste), M. Michel David (journaliste), Mme Martine Corrivault (éditorialiste) et M. Vianney Duchesne (éditorialiste)

Repr_Mis_en_Cause

M. Robert Normand (président et éditeur, Le Soleil [Québec]) et M. Claude Gravel (éditeur adjoint et rédacteur en chef, Le Soleil [Québec])

Type_Mis_en_Cause

TM3111 Presse commerciale: quotidien; TM2110 Journaliste; TM2130 Editorialiste

Origine_Mis_en_Cause

OM03 Québec

Résumé_Plainte

Le Soleil monte en épingle la découverte d'un tombeau à Québec, dans une série de 11 reportages et deux éditoriaux parus entre les 4 et 21 juillet 1988. Le journal présente une information biaisée et subjective, en plus de manifester une attitude méprisante à l'endroit des scientifiques. Il ne respecte pas une démarche journalistique sérieuse, en ne vérifiant pas l'importance de cette découverte auprès de spécialistes compétents et en faisant preuve d'un manque de connaissances sur la réglementation en matière d'archéologie.

Griefs_Plaignant

Le Conseil de presse a terminé l'étude de la plainte de l'Association des archéologues du Québec [AAQ] contre le quotidien Le Soleil concernant une série d'articles publiés entre les 4 et 21 juillet 1988, au sujet des fouilles menées par les archéologues René Lévesque et Charles Beaudry sous la chapelle Saint-Joseph de la basilique de Québec. Le tombeau découvert sur le site des recherches archéologiques a été présumé, pendant un certain temps, être celui du fondateur de Québec, Samuel de Champlain.

Cette série d'articles se composait de dix textes du journaliste Louis-Guy Lemieux, d'un article du journaliste Michel David et de deux éditoriaux, l'un de madame Martine Corrivault, et l'autre de monsieur Vianney Duchesne.

L'Association, par l'entremise de son secrétaire, monsieur Michel Plourde, et de sa vice-présidente à l'éthique et aux standards, madame Céline Cloutier, reprochait au Soleil d'avoir fait une «publicité spectaculaire» autour de cette affaire, ainsi qu'une information «biaisée et subjective». Monsieur Plourde et madame Cloutier considéraient également que le journal avait manifesté une «attitude méprisante» envers la communauté scientifique en raison d'allégations contenues dans les articles au sujet des archéologues et de l'archéologie.

Dans une lettre adressée le 8 juillet 1988 au président et éditeur du Soleil, monsieur Robert Normand, l'Association demandait au quotidien de s'assurer du sérieux de leur démarche journalistique et d'apporter des éclaircissements sur certaines questions.

Les cosignataires de cette lettre, monsieur Michel Plourde et madame Cloutier, demandaient, en ce qui concernait l'importance historique du site et du tombeau, si Le Soleil avait procédé à des contre-vérifications auprès d'historiens et d'archéologues spécialisés dans l'histoire de la Nouvelle-France et de la ville de Québec, soit des professionnels du ministère des Affaires culturelles du Québec [MACQ], des professeurs d'universités, des personnes-ressources de la Ville de Québec ou des spécialistes de Parcs Canada.

Madame Cloutier et monsieur Plourde se demandaient également si Le Soleil avait communiqué avec des autorités compétentes au MACQ afin d'obtenir les informations disponibles relativement aux procédures et aux pratiques sujettes à la réglementation en matière d'archéologie et à l'octroi de permis de recherches archéologiques.

Les plaignants s'en prenaient enfin à un passage de l'article du 7 juillet 1988 du journaliste Louis-Guy Lemieux. Ce dernier, après avoir rapporté que «Selon des sources au ministère des Affaires culturelles», le comité des permis de la division du patrimoine du ministère avait refusé d'accorder un permis de fouilles à l'archéologue René Lévesque et que le cabinet de la ministre Lise Bacon avait «décidé de passer outre à la recommandation négative du comité», écrivait ce qui suit:

«C'est un secret de polichinelle dans les milieux de l'archéologie et de l'histoire à Québec que la division du patrimoine boycotte systématiquement ceux qu'elle qualifie avec mépris d'archéologues ou d'historiens "amateurs".

La grande réputation de René Lévesque, que d'aucun considèrent comme le "père de l'archéologie québécoise", ne l'aurait pas empêché de subir l'ostracisme du comité des permis de fouilles».

Madame Cloutier et monsieur Plourde se demandaient si Le Soleil avait tenté d'identifier et d'interviewer des personnes pouvant «confirmer de façon objective l'existence d'un tel phénomène [d'ostracisme et de boycottage] et sa raison d'être, le cas échéant».

Comm_Mis_en_Cause

M. Robert Normand, président et éditeur

En réponse à cette plainte, monsieur Robert Normand transmettait au Conseil copie d'une lettre que monsieur Claude Gravel, éditeur adjoint et rédacteur en chef du Soleil, adressait à l'Association des archéologues du Québec, le 19 juillet 1988, à la suite de la leur dont il est fait état plus haut.

Monsieur Gravel faisait d'abord remarquer dans sa lettre que le but d'un grand quotidien était «d'informer ses lecteurs de ce qui se produit sur le territoire de prédilection qu'il dessert», dans ce cas-ci Québec. Il ajoutait que «le seul fait qu'il se déroule des recherches sur un site aussi riche en possibilités historiques que celui de la basilique justifiait pleinement qu'on s'y intéresse» et «que l'on affecte» à la découverte de ce qui «aurait pu devenir l'événement historique de la décennie», le journaliste qui avait «toujours démontré le plus d'intérêt pour le passé de la capitale», monsieur Louis-Guy Lemieux.

Répliquant ensuite à la question des plaignants à savoir si Le Soleil avait procédé à des contre-vérifications auprès des spécialistes concernant l'importance historique de la découverte du tombeau, monsieur Gravel signalait que le journaliste s'était référé, outre aux archéologues René Lévesque et Charles Beaudry, à des sources qui avaient déjà fait leur preuve, soit les historiens Georges-Henri Dagneau et Adrien Pouliot.

Monsieur Gravel trouvait par ailleurs regrettable que les demandes d'entrevues qui avaient été faites auprès du responsable de l'archéologie pour la région de Québec au ministère des Affaires culturelles, monsieur Michel Gaumond, «se soient butées à deux fins de non-recevoir». Il précisait que monsieur Gaumond, de par sa formation et ses fonctions, «aurait pu jeter un éclairage nouveau et différent sur un dossier qui méritait pleinement de faire la manchette».

M. Claude Gravel, éditeur adjoint et rédacteur en chef

Commentant cette plainte à la suite de l'invitation du Conseil à cet effet, monsieur Gravel indiquait d'abord que Le Soleil avait agi dans l'intérêt du public et n'avait pas fait une «publicité spectaculaire» autour de cette affaire, contrairement à l'affirmation de l'Association des archéologues du Québec. Monsieur Gravel était plutôt d'avis que le journal avait informé ses lecteurs d'une recherche archéologique effectuée à Québec par les archéologues René Lévesque et Charles Beaudry. Il faisait remarquer que Le Soleil avait été le premier journal à faire état de cette recherche, assurant par la suite le suivi des fouilles et des débats les entourant.

Monsieur Gravel considérait également que l'information sur cette recherche n'avait pas été présentée de manière spectaculaire, mais avait été mise en évidence en raison «de son caractère et de l'intérêt qu'elle suscitait dans la population». Il ajoutait que lorsque deux archéologues, «dont l'un jouit d'une autorité qui [lui] semble reconnue, entreprennent des recherches en pensant avoir découvert le tombeau du fondateur de Québec et qu'ils reçoivent l'appui d'historiens sérieux, il est d'intérêt public qu'un journal le fasse savoir à la population».

Réfutant ensuite l'affirmation de l'Association à l'effet que Le Soleil avait présenté une information «biaisée et subjective», monsieur Gravel faisait remarquer que le journaliste n'avait pas, contrairement à l'historien, le «recul du temps pour vérifier et analyser toutes les informations qu'il possède».

Il précisait que le journal n'avait jamais affirmé que le tombeau trouvé sous la chapelle Saint-Joseph de la basilique de Québec était celui de Samuel de Champlain. Il avait plutôt fait état des recherches de deux archéologues pensant avoir découvert ce tombeau.

Répondant enfin au grief de l'Association à l'effet que Le Soleil avait manifesté une attitude méprisante envers la communauté scientifique, monsieur Gravel disait ne pas voir en quoi le fait d'avoir accolé le titre d'archéologue à monsieur René Lévesque ressemblait à du mépris, compte tenu que ce chercheur a «consacré la majeure partie de sa vie à l'archéologie».

Se demandant s'il aurait fallu taire l'information vérifiée afin de satisfaire l'Association, monsieur Gravel disait avoir choisi le droit du public à l'information avant les «susceptibilités d'experts».

M. Louis-Guy Lemieux, journaliste

Monsieur Lemieux se ralliait, en guide de commentaires, à ceux exprimés par l'éditeur adjoint et rédacteur en chef, monsieur Claude Gravel.

Mme Martine Corrivault, éditorialiste

Madame Corrivault faisait siens également les commentaires de monsieur Claude Gravel. Elle ajoutait cependant que le dossier soumis par l'Association des archéologues du Québec au Conseil de presse était «incomplet et partial», compte tenu qu'il ne faisait pas état de l'espace qui avait été accordé à cette affaire dans les colonnes d'opinions du Soleil.

Elle faisait de plus remarquer que l'Association ne s'en prenait qu'aux journalistes «négligeant les cadres responsables de l'information et du traitement qui en est fait» aux niveaux de l'orientation, de l'édition et de la présentation.

Madame Corrivault disait avoir «essayé de rejoindre» l'Association avant d'écrire sur la question, mais qu'elle n'avait pu «arriver à le faire au moment nécessaire». Elle ajoutait que l'Association et certains de ses membres n'avaient pas aidé les journalistes à trouver l'heure juste dans cette affaire.

Madame Corrivault remarquait enfin qu'un quotidien avait raison, «avant d'aborder un aspect hyperspécialisé d'une discipline dont le grand public ignore à peu près tout», d'intéresser celui-ci à un événement susceptible d'attirer l'attention pour développer ensuite d'autres aspects de la question. Elle estimait que «l'affaire Champlain» rejoignait cet objectif.

M. Vianney Duchesne, éditorialiste

En réponse à cette plainte, monsieur Duchesne disait avoir toujours été sensible, au cours de sa carrière journalistique, à la protection du patrimoine culturel et historique. Il disait avoir constaté, par expérience professionnelle, que les archéologues «furent toujours les plus hermétiques à la diffusion de leurs découvertes». Il faisait cependant remarquer que la population désirait «partager leur culture, leurs hypothèses, leurs succès et même leurs déceptions», et que l'affaire du tombeau de Champlain démontrait l'existence de cet intérêt depuis plus d'un siècle.

Monsieur Duchesne indiquait que Le Soleil veut satisfaire cette «soif de savoir» et qu'il n'a pas trompé les lecteurs en leur révélant les fouilles des archéologues Lévesque et Beaudry.

Il se demandait par ailleurs qui avait méprisé les autres dans la recherche de la vérité au sujet du tombeau, et qui avait alors soulevé un débat. Monsieur Duchesne estimait que «c'est avec sérénité et collaboration que l'on devrait vérifier toutes les hypothèses qui peuvent conduire au tombeau du fondateur de la première ville française d'Amérique».

L'éditorialiste signalait que le quotidien Le Soleil était «respectueux de la contribution essentielle des archéologues pour une bonne compréhension de l'histoire d'un peuple», et qu'il avait par conséquent toujours accordé une place privilégiée à l'archéologie dans ses pages.

Déplorant que peu d'archéologues avaient «malheureusement» accepté de profiter de cette ouverture, compte tenu de l'intérêt des lecteurs pour cette science, monsieur Duchesne se demandait si Le Soleil devrait «imposer la censure aux archéologues [ou à tout autre professionnel ou citoyen] qui voudraient partager leurs découvertes et leurs connaissances avec leurs concitoyens, sans nécessairement obtenir au préalable le «nihil obstat» de leur association».

Soumettant enfin des textes d'opinion et des lettres ouvertes qui avaient été publiés dans Le Soleil sur les fouilles des archéologues Lévesque et Beaudry, monsieur Duchesne remarquait que lecteurs et archéologues avaient pu s'exprimer librement sur ces recherches archéologiques et «apporter ainsi un complément d'information» dans le «respect des droits de chacun et de la collectivité québécoise».

Répl_Plaignant

En réplique aux commentaires exprimés sur la plainte, l'Association des archéologues du Québec [AAQ], par l'entremise de madame Céline Cloutier, vice-présidente à l'éthique et aux standards de l'Association, faisait remarquer qu'une vingtaine d'articles étaient parus dans Le Soleil en juillet 1988 concernant l'affaire du tombeau de Champlain et que seulement quatre lignes rapportaient «en peu de propos» la position de l'Association dans cette affaire.

Madame Cloutier remarquait qu'aucun membre de l'AAQ ou de son conseil d'administration n'avait été rejoint par Le Soleil et ce, malgré un communiqué de presse émis par l'Association donnant «toutes les coordonnées des personnes-ressources disponibles et accessibles rapidement». Elle ajoutait également qu'il n'y avait pas que l'AAQ qui «pouvait répondre aux questions susceptibles d'orienter le débat», mais plusieurs autres personnes-ressources, telles que les professionnels du ministère des Affaires culturelles du Québec, de Parcs Canada, de l'Université Laval et de la Ville de Québec.

Elle signalait que l'AAQ, «face à ce mutisme» du Soleil, avait engagé une journaliste pigiste qui avait soumis deux textes au quotidien résumant la position de l'AAQ et «éclairant certaines questions relatives à la pratique de l'archéologie et à l'évolution de cette discipline au cours des dernières années». Indiquant que Le Soleil s'était dit disposé à accepter un condensé des deux, il avait publié un texte, en septembre 1988, «au moment où le public s'était déjà désintéressé de l'affaire».

Madame Cloutier remarquait par ailleurs que Le Soleil avait souvent parlé, dans la couverture qu'il avait faite de l'affaire, «de controverses et de vieilles chicanes» sans jamais en expliquer la nature ou les causes. Il avait aussi parlé de conflits entre amateurs et professionnels en présentant ces derniers «comme des boîtes de conserve scellées sous vide».

Concernant l'éditorial de monsieur Vianney Duchesne publié le 7 juillet 1988, madame Cloutier estimait que ce dernier, en jugeant de la compétence des archéologues Lévesque et Beaudry, devenait le «partisan» de leur cause. Elle se demandait s'il n'aurait pas plutôt fallu «chercher à connaître davantage la cause et la nature des controverses» qui avaient été soulevées afin d'éclairer l'opinion publique.

Au commentaire de l'éditorialiste à l'effet que les archéologues avaient toujours été les plus «hermétiques à la diffusion de leurs découvertes», madame Cloutier affirmait que monsieur Duchesne n'était «probablement pas au fait des efforts de vulgarisation» émanant du domaine de l'archéologie depuis dix ans. Elle donnait à cet effet plusieurs exemples d'efforts de démocratisation de cette discipline au Québec et auxquels ont participé des professionnels de l'archéologie.

Madame Cloutier répondait également au commentaire de monsieur Duchesne à l'effet que Le Soleil avait toujours accordé une place privilégiée à l'archéologie dans ses pages. Elle soutenait que si Le Soleil avait fait une telle place à l'archéologie, c'était que plus d'un archéologue avait accepté de livrer des informations lorsque cela était possible. Remerciant monsieur Duchesne de l'intérêt qu'il vouait à la cause de l'archéologie, madame Cloutier ajoutait cependant que tous les archéologues ne bénéficiaient pas de la complicité et de la participation de journaliste comme Louis-Guy Lemieux pour suivre «pas à pas, jour après jour, pendant un mois et demi» le déroulement de leurs recherches, reprenant ainsi l'expression de monsieur Lemieux dans son article du 16 juillet 1988.

Madame Cloutier soutenait enfin que «toute la publicité tapageuse entourant cette fausse découverte» aura fait oublier les propos que monsieur Jacques Dumais, journaliste du Soleil à la tribune de la presse, tenait dans un éditorial publié le 11 novembre 1984 dans ce journal:

«... la nouvelle complète est à la base même du métier que [font les journalistes], par delà tous les pouvoirs, toutes les contraintes. Les journalistes doivent troquer la paresse contre le dépassement vis-à-vis cette priorité absolue. Sans quoi les vendeurs et manipulateurs de tout acabit les supplanteront. Et c'est le public qui se sera fait avoir».

Madame Cloutier croyait que Le Soleil avait «démissionné devant le marketing téléguidé» de l'archéologue René Lévesque et qu'il s'en était fait le partisan et le complice. Elle considérait que si la nouvelle de la découverte du tombeau de Champlain avait été importante «au point de faire 20 fois la manchette pendant un mois», Le Soleil avait manqué, reprenant à nouveau les propos de monsieur Jacques Dumais publiés dans le même éditorial, à sa «mission sociale qui vise d'abord, que cela plaise ou non, à colliger des faits positifs et négatifs, fidèles à des réalités souvent fort complexes, du particulier en général».

Se demandant si le devoir des journalistes n'était pas de chercher à «tout dire afin de mieux faire connaître la réalité», madame Cloutier estimait que Le Soleil avait «gravé», mais «surtout sous-estimé les lecteurs en escamotant leur droit à l'information la plus complète qui soit».

Décision

Le choix et le traitement d'un sujet, d'un événement ou d'un secteur d'activités relèvent du jugement rédactionnel des médias et des journalistes. Les choix qu'ils exercent en la matière doivent être fonction du degré d'intérêt public d'une nouvelle et ne sauraient être dictés par des considérations étrangères au droit du public à l'information, telles que des intimitiés, des préjugés ou un parti pris à l'égard de personnes ou de groupes susceptibles d'être impliqués dans les événements rapportés.

Les professionnels de l'information doivent livrer une information conforme aux faits et aux événements, et respectueuse des personnes et des groupes mis en cause. S'ils doivent donner au public les éléments nécessaires pour éclairer son jugement sur les questions et les événements d'intérêt public, cela n'implique cependant pas qu'ils doivent rendre compte de façon exhaustive de tous les détails concernant ces questions ou ces événements.

Il est par ailleurs nécessaire que les professionnels de l'information tentent d'obtenir la version des faits des personnes ou des groupes mis en cause dans leurs écrits. Il convient également de rechercher l'opinion de personnes ou de groupes que les professionnels de l'information jugent susceptibles d'éclairer un débat. De telles démarches permettent aux journalistes de tenir compte de tous les éléments d'information disponibles et, par conséquent, de mieux informer le public.

Quant à l'éditorial, il constitue, contrairement à la nouvelle ou au reportage, du journalisme d'opinion permettant à son auteur de prendre position et d'exprimer ses points de vue sur les questions et les événements qu'il choisit de commenter. L'éditorialiste a cependant le devoir de mesurer la portée de ses écrits aux exigences de rigueur qui prévalent pour tous les professionnels de l'information et doit, par conséquent, présenter les faits et les événements sur lesquels il porte jugement.

Dans le cas présent, le Conseil est d'avis que Le Soleil n'a pas outrepassé la latitude rédactionnelle qui est sienne en rapportant et en traitant, comme il l'a fait, l'événement des fouilles archéologiques sous la chapelle Saint-Joseph de la basilique de Québec.

Le Conseil ne retient pas les arguments de l'Association des archéologues du Québec à l'effet que la couverture de cet événement par Le Soleil constitue une «publicité spectaculaire» et présente une information biaisée et subjective.

D'une part, dans la mesure où cet événement se déroulait à Québec même, concernait l'histoire de cette ville et de la Nouvelle-France, et suscitait l'intérêt des lecteurs, le Conseil considère que le quotidien était pleinement justifié d'en faire une telle couverture s'il jugeait cela d'intérêt public.

D'autre part, l'étude de l'ensemble des articles d'information, des éditoriaux, des lettres des lecteurs et des textes d'opinion publiés dans Le Soleil et soumis dans le cadre de ce dossier, permet de constater que l'équipe du quotidien a présenté une couverture équilibrée de cet événement et de son évolution. En effet, en plus de publier plusieurs lettres de lecteurs et textes d'opinions exprimant des points de vue différents et opposés, les articles d'informations rapportaient les opinions et les déclarations de nombreuses personnes et intervenants dans cette affaire, en l'occurrence des historiens, des officiels du ministère des Affaires culturelles, des archéologues et un membre du clergé.

Le Conseil ne retient pas non plus l'argument à l'effet que Le Soleil et son équipe ont démontré une attitude méprisante envers la communauté scientifique dans la couverture et le traitement accordés à cette affaire.

Les éditorialistes Martine Corrivault et Vianney Duchesne ont exprimé leurs points de vus sur cette affaire tel que le permet le genre journalistique qu'est l'éditorial. Les journalistes Louis-Guy Lemieux et Michel David ont pour leur part simplement fait état de cette affaire et de son évolution.

Le Conseil tient enfin à préciser que le quotidien Le Soleil n'est pas une publication scientifique et n'a pas obligation ni mission de vérifier l'importance historique et scientifique d'un site de recherches archéologiques avant de publier des articles sur le déroulement de telles recherches. Un organe d'information comme Le Soleil peut certes faire état de telles données spécialisées, s'il le juge à propos, mais l'on ne peut exiger de celui-ci d'effectuer des «contre-vérifications» à cet effet, pour reprendre l'expression même de la plaignante, avant de publier ou pour que l'information diffusée soit jugée valable.

Analyse_Décision

C13A Partialité \ J2A Exonère; C02A Choix et importance de la couverture \ J2A Exonère; C12A Manque d'équilibre \ J2A Exonère; C17C Injure \ J2A Exonère

Objet_Impliqué

Reportage; Reportage; Reportage; Reportage; Reportage; Reportage; Reportage; Reportage; Reportage; Reportage; Reportage; Editorial; Editorial

Acteur_Impliqué

Archéologues

Secteur_Information

Information générale

 

 

                                                        

 

                                                                

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